J'aime par dessus tout "ma famille" blogeuse histoire
| SOUVENIR D’UNE SCENE D’UN COUCHER DE SOLEIL INFINI EN SEINE | | | |
| Lorsque l’on regarde un coucher de soleil et que l’on prend sa plume comme le peintre prend son pinceau pour capter l’instant présent et le décrire, on est souvent frustré car cet instant que l’on voudrait d’éternité est justement trop éphémère. Alors j’ai voulu que les choses durent comme dans le grand nord dans une harmonieuse lenteur de ces nuits blanches. Il en aura fallu des soirées et des saisons pour décrire … Imaginez-vous un peu comme lorsque le Petit Prince qui se déplace sur sa planète pour s’offrir un autre coucher et encore un autre, encore, encore… Là, le déplacement n’est pas nécessaire, je vous l’offre… Ici, on s’autorise la durée, l’éternité, la sérénité, la plénitude… SOUVENIR D’UNE SCENE D’UN COUCHER DE SOLEIL INFINI EN SEINE ![]() Quelquefois, on voyait de grands rayons qui traversaient le ciel comme des jets, d’autres fois comme des gerbes de lumière Les nuages se dépliaient et se repliaient, se superposaient parfois empressés, quelquefois plus lents et les déchirures prenaient les teintes du moment. Mon observation dépendait selon les vagues et le vent Etonnamment légère comme une fuite ou luttant contre les éléments dans une énergie forte donnée à chaque coup de pagaie, épousant la seine et progressant en elle, j’avais l’impression de ne faire qu’un, d’être en elle. Après le passage d’une péniche, quand le kayak montait sur une lame, c’était sans secousse comme un doux haussement d’épaule et lorsque l’on redescendait, on eût cru à une glissade. Inlassablement, ce rythme participait à vous envelopper dans un songe, un voile, une fumée dans cet univers liquide comme cet horizon perpétuellement changeant. ![]() A l’instant, je vis une lueur frisante, un reflet trainant Ce suroît avait été annonciateur d’une dépression et de merveilleuses variations de couleurs. Cette lumière pâle que l’on aurait souhaitée ancrée comme un éternel jour trainait sur l’horizon comme des reflets de soleil qui dort Sans violence pour les yeux et l’esprit mais particulièrement apaisant Le ciel et la Seine se confondaient On ne savait plus qui était le miroir de l’autre Cette beauté sans horizon ni contours où l’œil a peine à saisir le fleuve et son doux tremblement et scintillement où tout semble diaphane, impalpable, chimérique. Les nuages formaient des figures et des allégories qui forçaient la limite de notre imagination Dans le ciel, ça et là des déchirures comme des percées dans un dôme offraient des rayons rosés et parfois renforcés par des orangers lors d’un percement plus abondant. Puis, lorsque rien ne bougeait plus dans l’air après une accalmie, le contraste paraissait encore plus fort après ces agitations face à un vent qui s’opposait à votre progression et vous la rendait plus lente Alors on put dire de ce coucher de soleil qui dure, qui dure et qui ne finit pas… Regardant dans cette boule rougeoyante, je vis tant de rêveries cristallines… C’était comme si on eut rajouté des filtres à vos yeux pour rendre les paysages plus paradisiaques Je la perçus, là brumeuse virant au rose puis dans des moires changeantes ; sur l’eau, des cernes se dessinèrent très légers comme des dessins vagues qui s’enlacent et se déforment très vite effacés, fugitifs Eternel soir ou éternel matin, impossible je ne pus dire Et de ce soleil dans un halo trouble, ce coucher de soleil dura, on eut le temps de l’admirer, de s’y faire envouter, hypnotiser par ce possible regard dans ses teintes atténuées, tendres ni ternes ni vives changeantes évoluant en fonction de la lumière passante du rougeoiement au pourpre diffus, à l’orangé évanescent, au rose tendre où encore au jaune pâle ainsi que leurs mélanges formant les couleurs complémentaires. De ces multiples teintes naquirent des tentures aux graphismes infinis par les blancs, gris et terre de sienne mêlés et toujours dans une vision non éphémère. On eût pensé à des braises douces, non brûlantes. Dans cette ambiance, on put osciller entre un rêve et une petite somnolence A un moment, l’eau tel un miroir vint luire des dessins bleus, verts comme un marbre qui ici s’étendit et là forma comme un madrépore aquatique et solaire tout à la fois. Le paysage de Seine se dévoila, se dévoiler… Le terme prit ici toute sa valeur lorsque le vent n’est plus mais qu’il a été, alors le ciel se dévoile, il affale ses multiples voiles alors tout apparaît…comme une illusion… C’est encore ce moment lorsque le soleil trempe son bord dans les eaux et l’on pense, va t-il remonter lentement ? Ce qui émut, ce fut la lenteur et de la nature et de ce coucher de soleil… Le soleil apaisa de sa douce, très douce chaleur divine Scrutant d’un regard profond et sensible dans cette évanescence vaporeuse de tons pastels, légers comme l’air qui enveloppèrent, développèrent en un apaisement contemplatif proche de la méditation. Yoguiste sans posture, kayakiste songeur, c’est la nature toute entière et ce tendre soleil qui offrit ses multiples tentures dorées, argentées, lumineuses et enfiévrées, d’une douce fièvre, celle de l’échauffement des sens en douce transe qui se balancent au rythme des vagues et courants et qui sans vague à l’âme élevèrent comme suspendus, étendus, arrêtés comme le temps. Je vis aussi des bans de brume voyageant au ras des eaux puis le tendre incendie de tout un monde comme une large bande de feu orangé ici, là d’une trainée rose beige et ocre éclaircie d’une douce lumière blanche comme ma feuille de papier que je tentai de noircir par de claires pensées. Oui, je le fis mais à cet instant, il fallait que je fusse juste contemplatif et néanmoins concentré sur ce vécu, sur cette énorme émotion et je me répétai : -« Garde, garde ses instants, mémorise tous ces troubles répétés pour les retranscrire sur une feuille blanche, blanche comme cette douce lumière qui arrivait comme si des filtres de couleurs avaient été positionnés afin de rendre le vif des éclairages plus pâles, plus magiques, plus irréels. Belle lumière, par quel miracle, transcendée Vous mourûtes ou feignîtes de mourir, où vous fûtes tombée Puretés hyperboréennes, suaire dense, tons r oses peut-être d’aurore, contours frangés, buées tendres, caresses solaires, élévation de brume, lumière diffuse, dans cette petite fraicheur, il y eut pourtant comme un alanguissement, était-ce l’effet de ses soirées lumineuses ou de ses matins chantants, peut m’importa, j’admirai encore ces reflets de soleil, grand miroir orangé et doré qui scintillait telle la voie lactée. Et encore et encore, je vis les infinis crépusculaires, je crus un instant au vide incolore des eaux et du ciel Mais non, j’étais bien sur ce kayak divinisé d’où je vis un nimbe autour de lui et moi en son centre je me fondais en lui pour recevoir ses visions et tenter d’appliquer à ce vécu une verve poétique. Alors je vis encore et encore ces nuées diffuses en teintes discrètes, ces marbrures plus ou moins distinctes, une aquarelle molle comme tracée par une main marine, je contemplai, oui je contemplai C’est comme si l’on eut aperçu une vision éternelle qui s’illuminait par transparence d’une Seine qui se fit très douce dans des bleu pâles, des gris verts, des verts bruns et des noirs bleutés ou encore des bleus cendres, et au dessus on m’offrit ces soleils obliques qui ne se couchent jamais. C’est comme- ci le soleil manquait de force pour monter, en fait qu’il fut trop langoureux pour faire un effort, comme s’il offrait des nuits d’amour et proposait de rester dans son lit d’horizon Ce fut une promenade ronde tout en courbes douces autour de l’horizon Où je me surpris confondre la lune et le soleil dans un égarement Ce fut si long que je me crus à minuit Ce fut comme un reste de crépuscule qui s’attarde sur l’horizon et qui ne veut disparaître Les eaux avaient de grandes ondulations lentes Tout demeurait paisible Comme un haut en esprit, Ô eaux, nous entrâmes dans ces aux delà infinis… Puis ce fut comme ci on éclairait par en dessous… Alors est ce le vent qui irrita mes yeux, fusse t-il la fatigue, fusse t- elle cette pudeur qui devant tant de beauté vous interdit de dire que vous avez lâché prise…alors je ne vis plus la Seine mais la divinité Séquana et j’entendis : Belle lumière, par quel miracle, nimbée Vous mourûtes au bord, où vous fûtes tombée Ô âmes pures, vous perçûtes ces mille beautés Que vos larmes de joie ne vous soient point ôtées Alors vos yeux se brouillèrent, une larme apparut, cette beauté incommensurable, cette beauté qui vous transporta, vous emporta. C’est d’un coucher de soleil comme celui-là que l’on souhaiterait qu’il dura qu’il dure et qu’il ne finisse pas…qu’il finît non, qu’il ait finit, j’en doute, qu’il êut fini jamais … Michel M Extrait «Voyage au pays de la Seine » |